Blog de Comptoir

Poutine s’ennuie. Alors il miaule.

Calé au fond de sa cage, le chat siamois trône sur une énorme valise. Moran Kerinec l’a adopté en Espagne pendant son Erasmus. Un acte impulsif qu’il reconnaît « complètement con quand on est étudiant » ! Depuis, Poutine a vécu à Metz pendant que Moran entamait sa première année en master de journalisme. Il a fait de l’avion, du train, du bus, de la voiture. Son record ? 12 heures en déplacement. Le chat, à l’image de son maître, est un voyageur qui sait attirer l’attention sur lui. Car Moran, avec ses cheveux roux et un nom qui trahit ses origines bretonnes, a du mal à passer inaperçu.

Ses amis le décrivent franc et charismatique. Créateur du blog Openbarmag, où les articles sont des « shooters », des « happy hours » ou des « tournées générales », il n’est pas étonnant que l’adjectif fêtard revienne lui aussi à plusieurs reprises. Mais avant tout, Moran est passionné. Chaque conversation lui donne des idées qu’il s’empresse de transformer en sujet d’article pour son blog – Openbar pour les intimes. « Le projet est né en terminale mais j’étais en classe préparatoire littéraire pendant un ans. Je n’ai pas eu le temps de m’en occuper », regrette-t-il. Sur les bancs de la fac de Rouen, en revanche, il s’ennuie ferme et peut enfin se lancer.

« Torturer les lecteurs ? J’adore ! »

Avec l’aide d’Adrien, un ami de collège, il lance une première ébauche du site sur la plateforme WordPress. Le blog commence avec des billets d’humeur, des critiques de cinéma et de séries. Au fil des rencontres, une équipe Openbarmag se met en place et le site commence à grandir. Il s’agit d’abord de rédacteurs. Répartis dans toute la France, ils gardent le contact grâce à des réunions Skype hebdomadaires. Emeline vit en Normandie. Antonin rejoint le blog au Pérou puis retourne à Marseille. Lou se balade en Turquie avant de se rendre en Inde. Vers octobre 2015 Diane rejoint progressivement le groupe en tant que secrétaire de rédaction.

Innover à tout prix

En mai 2016, Gabrielle, une ancienne de la fac de Rouen, devient la community manager. Son premier Skype avec Moran vise à mettre un petit planning en place et définir une stratégie sur les réseaux sociaux. Entre discussions sur Game of Thrones et anecdotes sur la reine d’Angleterre, les idées se multiplient. Gabrielle a repéré une tendance qui fonctionne bien sur Twitter : « mettre une photo de nourriture à midi et une de bière le soir ». Moran lève le pouce : « Torturer les lecteurs ? J’adore ! »

Capture écran openbar
La version 2.0 du blog Openbarmag date de février. / Capture d’écran du 28.08.16

Ils échangent aussi sur les médias dont ils aiment les innovations. Les GIFs de @Tracks, le fil twitter d’Arte, les snapchats de Streetpress sur les dessous de leurs reportages et le compte Instagram de la stagiaire de Spicee. Car pour Moran, l’essentiel est d’innover, « d’aller plus loin », comme il aime le répéter. Lui qui écrivait beaucoup de critiques de séries et de films a arrêté depuis quelques temps car son travail ne le satisfait plus. « Tellement de gens donnent leur avis sur les séries, constate le jeune homme. Il faut apporter quelque chose en plus. J’avais pensé à faire une critique de Batman VS Superman en parlant de la manière dont on s’approprie aujourd’hui la popculture, explique-t-il. Mais je suis arrivé trop tard, un youtubeur, le Fossoyeur de Film, a eu la même idée et a tout dit bien mieux que je ne l’aurais fait. » Regarder ailleurs et n’en garder que le meilleur pourrait presque devenir le slogan d’Openbar. L’envie de créer quelque chose de nouveau est dans chaque décision. Infographies, webdocumentaire, Moran pousse les membres de son équipe à s’essayer à tous les supports et à toutes les technologies.

Drogue dure

Moran est ambitieux. Son idéal, il le laisse échapper sur le ton de la plaisanterie : « Un jour, on pourrait rivaliser avec le site du Monde! » Emeline Bertel, l’une de ses rédactrices, s’est laissée emporter par l’ouragan : « Moran ne s’arrête jamais, on se demande tous comment il arrive à sortir, travailler pour les cours, enquêter pour Openbar, écrire pour Openbar et en même temps gérer tous les aspects techniques du site. Il est très exigeant avec lui-même et les autres. Il ne nous en parle pas, mais je suis sûre qu’il a une vision du blog sur au moins les six prochain mois. » Emeline a commencé à participer au blog « pour s’amuser », avoue-t-elle, mais elle prend désormais l’aventure très au sérieux. « J’ai donné mon âme à Openbar, confesse-t-elle avec le sourire. »

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Moran, Cyril (à sa droite) et Diane (de dos) imaginent un projet de financement participatif Kickstarter autour d’une bière pendant une escale à Paris. / Photo : Ophélie Surcouf

 

Antonin est plus isolé du reste de l’équipe. Mais même à distance, il se sent complètement impliqué dans le projet : « Je sens que Moran a envie de faire quelque chose du site. C’est très motivant, confie-t-il. J’aimerais beaucoup que le site décolle, mais je suis encore étudiant et je ne peux pas m’impliquer autant que je le voudrais. » Adrien, lui, est un peu plus critique. Le webmaster du site connaît Moran depuis la cinquième. « Moran c’est un phénomène, concède le jeune étudiant en informatique. Mais il a parfois un côté un peu autiste. Quand il se met un truc dans la tête, il est vraiment très persistant. » Moran reconnaît d’ailleurs dormir peu pour arriver à tout mener de front : « Je me drogue au café, au thé. Je fume beaucoup trop de tabac… Je sais, ce n’est pas sain. Mais c’est plus fort que moi, si je ne suis pas occupé, je m’ennuie. »

Avec 14.000 visiteurs par mois et 14 membres, Openbar a fini dans les 10 finalistes des Golden Blogs Awards

Comme son créateur, Openbar rend son lecteur un peu confus. Blog d’étudiant ou média professionnel ? Entre les enquêtes sérieuses sur Pegida ou sur les affiches de l’Armée diffusées sur les réseaux sociaux après les attentats se cachent des articles au ton plus humoristique. Poutine est probablement un peu responsable d’un des derniers en date : « Comment élever son chaton sans le taser ? » Mais s’il compare dans son introduction les chats au sida, Moran n’en aime pas moins le sien : « Ce chat, c’est mon gosse. » Et Openbar, son bébé.

Ophélie SURCOUF

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