« L’eau liquide et salée sur Mars est une opération de communication de la NASA »

Les médias relayent avec enthousiasme les récentes traces d’eau liquide découvertes sur Mars. Astrophysicien émérite, Pierre Encrenaz travaille sur un autre projet médiatique : la sonde Rosetta qui a permis le voyage du robot Philae. A l’occasion de la fête de la science de Tours, il nous explique les enjeux de ces découvertes pour les chercheurs mais aussi pour le grand public. 

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Pierre Encrenaz, astrophysicien. / Photo : B. Eymann

Depuis une semaine, l’annonce de la NASA fait tous les gros titres : « de l’eau liquide sur Mars ». Concrètement, que change cette découverte

On savait qu’il y avait de l’eau sur Mars. Les images semblent montrer que toute la partie Nord de la planète est couverte d’un océan sous-jacent. Cela fait donc longtemps que la présence d’eau sous forme de vapeur ou de glace est avérée. Trouver de l’eau liquide, en revanche, est plus complexe à cause de l’environnement inhospitalier de la planète. La NASA n’en a d’ailleurs pas trouvé, à proprement parler. Elle a découvert des sels minéraux hydratés. Ils sont une part essentielle du processus de liquéfaction. Lorsqu’une route est verglacée, par exemple, on la couvre de gros sel pour faire fondre la glace. C’est le même principe sur Mars. La découverte est donc importante mais elle n’a rien de révolutionnaire. L’eau liquide et salée sur Mars, c’est avant tout une opération de communication comme seule la NASA sait les faire. A cette période de l’année, elle doit défendre son budget devant le Congrès Américain.

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Ces longues traînées noires de 100 mètres longs ont selon la NASA été formée récemment par de l’eau liquide. Des scientifiques ont détecté des sels hydratés sur le cratère de Hale, une découverte qui confirmerait son existence sur Mars.
Photo: NASA/JPL/University of Arizona

L’envoi d’un nouveau robot en 2020, une colonisation humaine prévue pour 2030… : les projets à destination de Mars sont ambitieux. Estil facile d’y envoyer des appareils

Pas du tout. Régulièrement, des missions sont prévues sur Mars. Mais on compte beaucoup d’échecs : l’opération est extrêmement délicate. Les parachutes traditionnels ne fonctionnent pas car la pression au sol est très faible. Il faut équiper les robots de fusées et de parachutes plus grands. Mais les difficultés n’ont pas empêché Curiosity d’atterrir sain et sauf. Quant à l’astromobile Opportunity, elle fonctionne toujours alors que sa mission ne devait être que de 90 jours. L’autre souci est la contamination du sol martien. Avant le lancement, il y a tout un protocole à suivre pour évincer toutes les bactéries. Toutefois, difficile d’imaginer l’équipement complètement stérile lorsque l’on voit comment les sondes et les fusées sont lancées.

Certains chercheurs évoquent d’ailleurs la possibilité que la découverte d’eau liquide sur Mars soit une fausse alerte. Il pourrait s’agir de résidus terriens transportés par les équipements… 

La NASA est en effet restée assez discrète sur ses premiers résultats. Mais la semaine dernière de nouvelles données ont été présentées. Celles-ci ont écartés les craintes d’une fausse alerte.

Vous travaillez depuis longtemps sur un autre projet hautement médiatique : la sonde Rosetta et son robot Philae.  

Je suis co-investigateur de MIRO, un instrument de la sonde Rosetta qui permet de cartographier les émissions radio de la comète.

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Le robot Philae s’est posé sur la comète Tchourioumov-Guérassimenko le 12 novembre 2014.
Photo : NASA

Où en est l’odyssée de Philae aujourd’hui ?  

Nous avons pu cartographier la surface et la sous-surface de la comète Tchourioumov-Guérassimenko sur laquelle il s’est posé. Nous avons déterminé la température sur la partie éclairée de la comète et sur la partie ombragée. Durant les trois jours d’observation où Philae était réveillé, nous avons également observé des molécules organiques. Elles nous ont permis de dire qu’une comète comme Guérassimenko ne pouvait être seule à l’origine de la vie sur Terre. Car l’une des missions principales du robot consiste à savoir si les noyaux cométaires ont pu être des sources d’ensemencement de la vie sur Terre, lorsque des comètes ont bombardé la Terre il y a 4 milliards d’années.

Il y a une vraie fascination pour toute idée d’une vie extraterrestre. Pourtant, les traces de matière organiques ne semblent pas être particulièrement rares dans les résultats de recherches… 

Une étoile sur deux de notre galaxie compte une ou deux exo planète autour d’elle. On compte donc au minimum 500 milliards d’exo planètes dans notre seule galaxie. Il est tout à fait possible d’imaginer que de la vie s’est développée sur ces objets. Aujourd’hui, nous avons détecté plus de trois mille exo planètes. Détecter la vie n’est pas impossible, loin de là. En revanche, il est complexe de trouver une composition d’atmosphère qui ressemble à celle de Terre. La concentration d’ozone, notamment, pose problème. Toutefois, des systèmes de plus en plus performants sont mis au point depuis la première découverte d’exo planète en 1996. Cet été la NASA parlait justement de Kepler-452b, dont la composition était très proche de celle de la Terre. Une belle découverte, elle aussi enrobée d’une belle communication.

Ophélie SURCOUF 

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